École mutuelle des fabriques de sociologie

Les Fabriques de sociologie s’inscrivent dans la filiation d’une éducation populaire politique et privilégient des modes d’apprentissage par mutualisation et coopération. L’École mutuelle des Fabriques a pour objectif d’accueillir la présentation de dispositifs, le récits d’expérience et la restitution d’analyse de pratiques.

Nous faisons nôtre le titre de l’ouvrage d’Anne Querrien L’école mutuelle, une pédagogie trop efficace ? et nous espérons en assumer la radicale émancipation, y compris dans ce qu’elle peut avoir d’inquiétante pour les pouvoirs institués car, comme le note l’auteure, l’École mutuelle « a été fermée parce qu’on lui reprochait deux choses : les élèves apprenaient en trois ans le curriculum prévu pour six et ils n’apprenaient pas le respect du savoir ». Nous trouvons aussi notre inspiration dans l’ouvrage de Jacques Rancière, Le maître ignorant, où s’illustre l’égalité universelle de l’intelligence. Notre démarche se développe pareillement en proximité avec les expériences de pédagogies émancipatrices (Freinet, pédagogie institutionnelle, courant de l’éducation nouvelle…) et en amitié avec les pratiques contemporaines d’échanges réciproques de savoirs.

Pratiques autonomes de publication en recherche-action

Les publications autonomes et indisciplinées dont il est question ici ne renvoient pas uniquement aux fanzines, même si cette pratique est importante dans nos usages et recherches. Ce sont aussi des brèves de recherche, des affiches, des journaux partagés, des podcast bricolés, des extraits de correspondances, etc. [1].

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Quatre leçons apprises du terrain : l’erreur ou l’insuffisance comme ressources pour la recherche et l’apprentissage

Lorsque l’on s’engage dans une entreprise, il est recommandé de faire son possible pour atteindre les objectifs visés. Mais le fait de s’attacher en priorité à la dimension d’expérimentation, au risque de ne pas prévenir toutes les erreurs et de ne pas pallier à toutes les insuffisances, permet, pour qui ne craint pas d’accueillir l’imprévu, d’éprouver le « réel » des situations et d’enrichir les occasions d’apprentissage.
C’est ce que montrent les « leçons » relatées ici, apprises à l’occasion d’expériences de « recherches de terrain » menées par des enseignants et des étudiants du Master de sciences de l’éducation de l’Université de Paris 8, auxquelles j’ai participé1. Ces « leçons » incitent à alléger l’outillage, à « voyager léger », avec un couteau suisse plutôt qu’une lourde « boîte à outils méthodologique », pour tirer le meilleur parti de la créativité des étudiants et du savoir faire des différents acteurs qui collaborent à ces expérimentations.

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L’autorité ne fait pas la pertinence, la méthode ne fait pas le philosophe

Un étudiant de Licence 1 de philosophie doit composer sur le sujet suivant : « Le probable, le douteux, et le certain dans les Méditations métaphysiques », un sujet qui le met dans l’embarras. « N’ayant pas lu les Méditations métaphysiques, j’avais l’intention de rendre une copie blanche, et je l’aurais fait si je n’avais pas été saisi d’un doute… ». Ce doute va déboucher sur une grande leçon universitaire. À lire sous la plume de l’étudiant de L1, Adrien PÉQUIGNOT : L’autorité ne fait pas la pertinence, la méthode ne fait pas le philosophe

Les gestes d’une écriture

L’auteur n’est jamais seul. Ou plutôt, dans mon expérience d’écriture, je fais en sorte de ne jamais l’être. Lorsque j’engage la rédaction d’un texte je le fais toujours accompagné. Je choisis un compagnon, une compagne et je chemine à ses côtés. Écrire est une façon de venir à sa rencontre. J’écris toujours en compagnonnage. Je choisis ce lecteur pour ce que je crois connaître de ses attentes et de ses désirs de recherche. Je le choisis pour l’intérêt qu’il pourra porter à mon travail. Je désire sa lecture et il appelle mon écriture. Continuer la lecture de Les gestes d’une écriture

Sortir de la tentation du dispositif de recherche « idéal » et « unique » en expérimentant des agencements « pluriels » et « hybrides ». Retours sur 18 mois de recherche en plein vent

Le chercheur de plein vent fait donc l’expérience, sans cesse renouvelée, de sa propre ignorance. Pascal Nicolas-Le Strat,« Une recherche de plein vent » [1]

Ce texte s’est écrit en plusieurs étapes entre 2016 et 2017. Les premiers mots datent approximativement de l’été 2016 puisqu’il s’agissait initialement pour moi de produire une sorte de « retour d’expérience » sur l’année 2015-2016. Il n’est pas exclu que d’autres versions suivent. Lors d’un séminaire résidentiel des Fabriques de sociologie, François Deck proposait « d’ouvrir les choses par le milieu », le « milieu » pouvant être entendu de diverses manières, aussi bien comme un lieu intermédiaire entre un début et une fin que comme un lieu d’interactions et d’enchevêtrements multiples [2] Continuer la lecture de Sortir de la tentation du dispositif de recherche « idéal » et « unique » en expérimentant des agencements « pluriels » et « hybrides ». Retours sur 18 mois de recherche en plein vent

Construire un terrain comme négociation d’une commande. Une recherche dans le cadre du dispositif Cifre

Comment amorçons-nous le terrain de recherche ? Si nous nous engageons sur certains terrains incertains c’est bien que nous pensons ou sentons que les sciences sociales peuvent être une des modalités d’action sociale, d’intervention” ; “que notre intervention pourrait participer à une redéfinition des problèmes pour les concernés présents (et demandeurs) ou à venir“. David Jamar

Ce texte est un extrait du document d’orientation que David Jamar avait rédigé pour une journée de travail en 2015 consacrée à la question de la recherche en sciences sociales. Il me servira de point de départ pour présenter le terrain que je construis dans le cadre de ma recherche de Doctorat. Continuer la lecture de Construire un terrain comme négociation d’une commande. Une recherche dans le cadre du dispositif Cifre

La gazette

Itinérance et correspondance en recherche 2013-2015

Dans le cadre du DHEPS du Réseau des Crefad, nous nous rencontrons environ une semaine tous les deux mois. À cela s’ajoute le principe d’itinérance qui nous amène, d’une part, à ne jamais nous retrouver au même endroit et, d’autre part, à nous extérioriser de notre territoire de pratiques et de vie.

Les co-formateurs de cette recherche-action, qui dure sur trois ans, nous proposent comme cadre de mise au travail d’écrire dans les entre-deux de chaque session. D’abord, écrire dans le sens de la production de la recherche, mais aussi écrire dans la correspondance et l’échange avec nos collègues de promotion. Dès le début, il s’agit de nous mettre dans une démarche d’écriture venant nourrir directement (ou indirectement) le mémoire final. Ensuite, il s’agit aussi de mettre cet écrit au travail dans les échanges qui s’opèreront entre nous au sein de la promotion. Continuer la lecture de La gazette

La chasse aux concepts : comment les attraper et les apprivoiser ?

Les chercheurs en science sociales font appel, pour faire leur travail, à différentes théories qui reposent sur une collection de « concepts ». Ceux-ci sont décrits et commentés par les auteurs qui font référence dans une discipline. Et, qui veut être reconnu comme membre de la discipline concernée doit à son tour commenter ces concepts, les « mobiliser » pour produire des analyses portant sur les sujets particuliers qu’il étudie. Continuer la lecture de La chasse aux concepts : comment les attraper et les apprivoiser ?

Idée de dérive, dérive des idées

« La formule pour renverser le monde, nous ne l’avons pas cherchée dans les livres mais en errant. » Guy Debord

Après avoir lu mon compte rendu de Dérive sur les Terras Incognitas de la Plaine, Pascal Nicolas-Le Strat me proposa de mettre en ligne ce récit avec un texte introductif sur « l’idée de dérive ». Deux semaines après sa proposition, je n’avais toujours pas écrit un mot au sujet de cette pratique de déplacement esthétique et politique initiée par les Lettristes puis les Situationnistes à la fin des années cinquante. Continuer la lecture de Idée de dérive, dérive des idées